Les Oreilles ailleurs du 14 décembre 2014

Pays aux multiples facettes et véritable puzzle culturel et musical, le Brésil cristallise tous les clichés « exotiques » qu’on y projette. Mais si la musique brésilienne nous fascine depuis longtemps, on la connaît mal en général, et les artistes qui sont célèbres ici ne la représentent que partiellement. Le phénomène date d’il y a longtemps déjà et se poursuit jusqu’à aujourd’hui, à travers toutes les compilations discographiques qui nous présentent « le meilleur de la samba », « la crème du lounge brésilien », ou autres « chill out made in Brasil », donnant de la musique brésilienne une image très réductrice.

Aujourd’hui, même si les genres musicaux « nationaux » incluent le « rock national », le « rap national », etc., aux côtés du choro et de la samba, la réalité de la musique brésilienne est plus que jamais complexe et multiple.  Comme si les frontières n’avaient plus lieu d’être, la musique brésilienne est à la fois une métaphore de toutes les musiques du monde, un labyrinthe sonore, et un laboratoire du futur.

Nous avons d’abord revêtu notre sarrau de laboratoire pour écouter l’un des artistes les plus singuliers de ce pays: Romulo Fróes.

Romulo Fróes – Não Há Mas Derruba (album Barulho Feio; 2014)
Romulo Fróes – Na Minha Boca (même album)
Romulo Fróes – Pra Comer (même album)

Le groupe qu’on a ensuite écouté, Baleia, s’est fait connaître il y a près de trois ans en toilettant, maquillant et déguisant de pied en cape des grands tubes de la musique pop internationale, comme « Toxic » de Brtiney Spears ou « What goes around comes around » de Justim Timberlake. Ils ont depuis gagné de l’espace sur la scène indépendante brésilienne, grâce notamment au lancement de leur premier album, « Quebra Azul » (2013). On y retrouve ce mariage de la pop et du jazz, assez peu exploré par la musique brésilienne, avec quelques compositions plus audacieuses et des paroles simples et poétiques.

Baleia – Despertador (album Quebra Azul; 2013)

Les artistes brésiliens autoproduisent et offrent leurs albums en téléchargement gratuit depuis longtemps. Parce que les maisons de disques sont pratiquement inexistantes, parce que les labels peux nombreux et les médias sont « mafieux », tout cela fait en sorte d’obliger les musiciens à vivre de leurs concerts.

Lucas Santtana est un des fer de lance du renouveau de la musique brésilienne. Ce Bahianais devenu Carioca d’adoption, qui a commencé à la flûte traversière, est un adepte du sample et s’amuse à déstructurer pour reconstruire ses mélodies mélancoliques. Lucas Santtana fait la synthèse électro-acoustique des musiques traditionnelles brésiliennes et de la pop, l’électro ou beats hip hop. Après « O Deus que devasta mas também cura » en 2012 et d’innombrables productions dévoilées sur le net, Lucas Santtana vient de sortir en octobre dernier son nouvel album « Sobre Noites e Dias » sur le label Nø Førmat!.

Lucas Santtana – Let the Night Get High (album Sobre Noites e Dias; 2014)

2e partie de l’émission

Cacá Machado est un acteur multi culturel inclassable, comme il en existe pas mal à São Paulo, semble-t-il. Il est historien et chercheur musical, il a écrit des ouvrages sur Ernesto Nazareth et Antônio Carlos Jobim. Il a aussi été curateur de nombreuses expositions importantes et producteur de deux albums du guitariste et directeur de l’Orchestre Symphonique de l’Etat de São Paulo, Artur Nevstroski. Cacá Machado est guitariste, chanteur, et a déjà composé de nombreuses bandes sonores pour le théâtre, la télévision et le cinéma. «Eslavosamba», est son premier album à l’âge de 40 ans.

Cacá Machado – Sim (album  Eslavosamba; 2013)
Cacá Machado – Casual (même album)

Dans le domaine des arts, on dit souvent qu’être «fils de», ou «petit fils de» est une lourde croix à porter. La situation d’Anelis Assumpção est différente.  So père, Itamar Assumpção, artiste complexe, est une icône culte de la scène alternative et indépendante de São Paulo. Pour Anelis, la singularité et la forte personnalité de son père aura été une source d’inspiration pour trouver sa propre voie. Son second album, «Anelis Assumpção & Os Amigos Imaginários», montre une belle cohésion due en partie à la production du disque que la chanteuse partage avec ses musiciens. Et le répertoire des 11 titres, tous composés par Anelis, seule ou en collaboration avec Céu, Alzira E, Russo Passapusso, et Kiko Dinucci, se montre franchement excellent.

Anelis Assumpção – Cê Tá Com Tempo? (album  Amigos Imaginários; 2014)
Naná Vasconcelos e Itamar Assumpção – Leonor (album Isso vai dar repercussão; 2006)

Dernière artiste présentée aujourd’hui, native de Recife, Lulina ne cesse de multiplier les enregistrements autoproduits depuis qu’elle s’est établie à São Paulo. Marquée par le folk et la pop des années 60, elle exploite ces références afin de créer un corpus chansonnier de haute volée. On dit d’elle qu’elle est une excellente parolière.

Lulina – História Difícil (album Cantoras do Brasil; 2014)

En complément:

Tropicalia. Musique populaire brésilienne.

Les Oreilles ailleurs du 7 décembre 2014

Cette semaine, je vous ai transporté en Corée du sud. La Corée du sud, ce n’est pas que le gangnam ou la Kpop inspirée par la musique pop américaine. J’espère que vous en sortirai convaincu à la fin de l’écoute du podcast de l’émission.

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Les Oreilles ailleurs du 30 novembre 2014

Cette semaine, toute l’émission tournait autour d’une maison de disque espagnole, plus particulièrement catalane, BCore.

Site Web de BCore.

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